08/08/09

Les cartons (poème pour un déménagement)

Au terme d'un duel à barillets vides
regarder la ville droit dans les murs
l'été dilate tout, les gris et les ocres
des pans entiers de couleur s'escamotent
laissent paraître un ciel nu comme au premier jour
les lézards cuisent doucement sur la pierre
le ciel les accueille en son sein, ils s'y baignent
quelqu'un porte à ses doigts un piano
ici et là ce sont des voiles qui palpitent
comme les naseaux des pères dans la sieste
l'été dilate tout, les vies entassées dans les cartons
les serments entachés, et ma fierté : du carton

25/07/09

Sous cloche

Les roses expirent sous cloche
des mots morts-nés
tombent de nos bouches
dans les tasses de café
fêlées d'anxiété, cassent
quoi que tu fasses
exhale le silence

Poème en suspens

Une chauve-souris s'est invitée dans la penderie
elle vit au crochet d'un vieux cintre décharné
elle fuit la ville-piège et ses trois dimensions
qui en sont trois de trop pour une si petite chose
je l'épingle au revers de ma veste, vocifère un peu pour la forme
et m'en vais marcher, plancher sur son sort

Je perds au bras de fer contre un courant d'air
opère un tour de clé brutal comme pour blesser
crache un glaire dans la cage d'escalier
à califourchon sur la rampe cirée je circonvole
vers la ville agitée d'un ronflement sonore
dort la ville du sommeil des puissants
sans même ôter ses faux cils et encore
repue des foules qui n'offrent aucun répit

Chauve-souris serrée contre mon cœur
caresse le souhait d'y planter ses crocs
[...]

01/07/09

Echelles

L'avenir déroule son tapis de mousseline
on s'y prend les pieds sans cesser de sourire
on s'en remet à l'haruspice des chiens écrasés :
"Ne mens que si c'est absolument nécessaire,
quid du cancer qui récite ses gammes,
et de la vieille caissière trouvée pendue ?
Combien fait-il dans les boules à neige
dont on crève le ciel à coups de marteau ?"
on jette nos échelles au bas des tours
D'ici on verrait la maison,
d'ici tu peux tracer ta fuite.

25/06/09

A propos de Juillet

Juillet déboule sur son chariot ardent
ses cheveux parsemés de lambeaux d'ozone
sa besace emplie de matins élastiques
et cataplasmes colorés pour nos maux
commence un concert de grues mal graissées
comme l'appel d'un muezzin mécanique
tandis qu'il foire en beauté son créneau

22/04/09

L'offre

Petits et grands drames remisés au placard
je te mène en bateau autour de ton nombril
l'offre est de celles qu'on ne peut refuser :
une petite mort gaie comme un pas de danse
un pré ou laisser paître ton amour vache
et de l'intime à moudre jusqu'à demain
on se délite en cascades sans filet
l'écran s'ouvre sur l'occident suicidé
ma tête est matière fissible, fais-la sauter
dis-moi, que crois-tu y trouver ?
tes jambes ceintes autour de moi
suppriment tout interstice
sur les murs, les arbres nous adressent
un pied de nez en ombres chinoises

03/04/09

Rien de rue

Les gosses poussent leurs nerfs en meule
comme autrefois les cerceaux
se défont de la peau
qui gène aux entournures
cherchent l'élévation
dans la musique d'ascenseur
ou détournent à mi-ciel
les avions en papier

Il est Midi sur le boulevard.

Hassan, Adonis semi-clochard
autant de classe que de crasse
la pointure quarante-quatre
de son bailleur au cul
slalome entre les voitures
un bouquet dans chaque main
crache sur le pare-brise
pour chaque refus essuyé

02/04/09

L'invitation

Souviens-toi de nos années électriques
les allées vêtues de l'ombre des arches
la lumière crue sur nos poings chauves
et la saveur de la course

Passe-moi le sel de la vie, camarade
que j'assaisonne mon souffle au coeur
mélange mon pire à ton meilleur
on a une ville à faire suer

17/03/09

Sans titre

Celui-ci échange Ben-Hur et son char
contre Madeleine et son chien
de cette manière le film lui convient
Il interroge la flore hirsute
au fond des casseroles :
De l'oiseau ou de son geôlier,
lequel s'ennuie le plus ?
un long silence spongieux ne lui répond pas
le désordre croustille un peu sous ses pieds
un téléphone sonne et personne ne décroche

Les doigts roulés en cône sur l'oeil
il avait
le monde par le bout de la lorgnette

Le soleil s'est enfui loin sous terre
A mi-chemin de la Chine.

11/03/09

Tunnels

Je suis venu te dire qu'il n'y a rien derrière la ville
L'océan attendu n'est qu'un crachat déjà évaporé
La plaine : un terrain vague où vivent à même l'échine
De mauvais payeurs aux ongles noirs d'avoir creusé.

Il y aura d'autres tunnels sous ce même ciel peint
Des routes à sens unique et les pavés à compter
Tu souriras aux enfants, aux vieux ou aux chiens
En prenant soin surtout de ne jamais te retourner.

11/12/08

Diplomatie

Quand elle jouit c’est

L’enfant Jésus échevelé à cheval sur un missile intercontinental, un œil supplémentaire ouvert sur les vallées pourpres de l’après vie, mon visage extatique taillé dans la pierre du Mont Rushmore, la tectonique des plaques, la nuit qui porte enfin conseil, Bruxelles au bain-marie dans les eaux du pacifique, cinq et cents armées qui capitulent, mon visage enfin radieux dans le noir de ses yeux, mon visage dénudé au rayon X qui sourit de l’intérieur, la vérité sur l’identité de mon futur meurtrier, Eros et Thanatos autour d’un verre de vin, les premières mesures de la musique qui n’existe pas, le mantra désespéré d’une mer asséchée au siècle dernier, un coup porté aux tempes dans l’obscurité, le mode d’emploi illustré de la vie, et la lycanthropie.

Dans ces conditions, tu comprendras que ce poème n’est pas pour toi.

Fleurs

Je ne suis rien du tout
quand le feu est toutes choses
les insectes que j'effeuille
comme les fleurs
ont le bon goût de rester muets
m'aimais-tu encore hier ?

Chirurgie

Je me vois penché sur toi
les joues gonflées d'injures
que j'avale, surpris de sentir
l'arête d'un point d'interrogation
suspendu à l'estomac

Au seuil du sommeil
je prends ta température
l'ombre est déjà sur toi
se fait matière que je modèle
arrondir les angles

04/12/08

Brutes

Les cours de récréation sont pleines de ces
gros garçons blonds au visage lunaire
qui semblent vous tendre les bras et dire
Torturez-moi ! c'est une question de
vie ou de mort

Et on s'exécute en fermant les yeux fort
pour confondre les coups avec quelque
phénomène flou au nom exotique comme
une sorte de déplacement d'air subtil qui
laisserait des bleus

C'est un jeu dont les règles sont simples et
connues de tous comme chacun sait que
rien n'est vraiment mal tant que rien
ne se sait

Si les poings vous font défaut les mots vous
donneront tant de force qu'en sortant ils
prendront la forme d'une hydre dont les
neufs visages sont étrangement semblables
au vôtre

On pourra se porter volontaire pour
aider à la rédaction d'un testament
rendre fier nos parents ainsi que les
charentaises qui sont excroissances
de leurs jambes

Le jour où les souffre-douleurs remercient
les brutes d'être ce qu'elles sont et
réclament le sommeil parfait qui leur
revient de droit, plus rien n'est juste
c'est comme ça.

01/12/08

L'amoureux retardataire

Il dit qu'il est deux dans son blouson
Depuis qu'il est bleu de la donzelle
Qui n'est pas Elle est transparent
Ses yeux passent au travers

Il dit qu'il est deux dans son blouson
Depuis qu'elle dort dessous sa stèle
Il l'aime même plus encore qu'avant
Cet amoureux retardaire

25/11/08

Nocturnes

Nuits de papier :
Tous les poètes furent brulés
Et leurs livres jetés en prison
Ou l'inverse, nous ne savons plus.

*

Des chevaux de néon bleu
Renversés dans les flaques
Hennissent et disparaissent
Tâches de miroir

*

Au sortir des boîtes de nuit
C'est Mickey qu'on immole
De petits dieux aveugles et tristes
Engoncés dans des sweat-shirts
Colorés.

L'un d'eux lâche un rond dans l'écuelle
A peine s'il se pince le nez
Qu'il porte discret et plein de poudre
Comme la plupart des autres
Dieux.

*

Le chien me murmure à l'oreille
Cette vérité cruelle :
Le vent fait plier les arbres,
Jamais les tours.

*

Nous chercherons toujours de l'or dans les bassins d'orage.

27/07/08

L'arbre à panser

Il y aurait l'idée d'une mère
trois notes d'un adage écorné
un chien miteux qui se marre
une motte de terre piétinée

Arène de mes Ardennes arides
haleines chargées des résineux
bière de régime, fûts évidés
butin planqué dans l'arbre creux

24/07/08

Le vide et la chaise

Chemise ouverte sur ventre velu
bouquet de tabac dans chaque dent
coton fondu aux coudes, soudé à la sueur
une chaise à bascule au bord du vide

Hypermnésie des coups et des chutes
prière en sourdine du fond de l'œil factice
un caillou en éclaireur, évaluer le gouffre
de quoi mourir vingt fois et ne pas revenir

Pour l'amour des marges et de l'envers
il semblerait que
la mort elle même ait perdu l'adresse

21/07/08

Au large

Garçon, un dernier rêve s'il vous plaît
je voudrais revoir mes sœurs danser
sur le pont d'un bateau glissant vers Nice
partir à la poursuite de mes étés volés.

Au son d'un orchestre qui n'existe plus
tous mes morts se sont réconciliés
l'entière existence pour boire l'horizon
effacer le souvenir de vos culs plombés.

21 juillet

Je ne sais pas conduire, on ne m'y forcera pas
j'ai toujours détesté ces boîtes de métal et d'aluminium
déjà petit mon frère ainé postillonnait en poussant ses miniatures
sur mes soleils aux rayons courts et tordus
sur mes maisons et sur mes arbres sans racines
les années passent et les bagnoles grossissent
quand ça bouge c'est aussi mortel que puant
quand ça s'arrête on ne voit même plus le sol dessous
la ville entière est cachée derrière ces monolithes de métal
et d'alu
celle du vieux était différente, elle roulait à l'amour
elle coulait fluide à travers le trafic
qu'elle fendait comme l'autre a fendu la mer
et on l'enviait, nous statiques et lourds et transpirants
c'était comme une déchirure quand elle disparaissait
au coin de la rue
on voyait des blondes, des rousses et des noires
scotchées au siège du passager dans les accélérations
des mèches de cheveux fous comme un feu vif
dans le vent
et puis métal contre métal la bagnole écrasée sur le nez d'un blindé
soulagée la ville retourne à sa torpeur
tout le monde applaudit le départ du défilé.

18/07/08

Double P

Ici c'est moche à faire peur, on repeindrait en rouge?
moi je n'sais rien j'ai pas aimé l'école
je n'ai pas lu les romantiques et je compte sur mes doigts
je compte sur mes doigts pour faire sauter tes fringues, c'est ça !
et tous tes chanteurs aux dents belles et tes macaques d'Hollywood, c'est du porno pour les mômes
môme apprend-moi à être vieux, je suis déjà contre ta bouche
et puis arrache, arrache-moi ça, les posters et les fringues et ton sourire en chewing-gum
minuscule Mathilda je t'attends depuis si longtemps, sans la lumière j'ai quinze ans, ou bien trente, comme tu veux
qui peut comprendre l'amour des enfants, sinon Nous et Dieu
môme apprend-moi à être vieux

15/07/08

L'itinéraire

J'ai appris à mentir au lit de mes parents
je sais disposer les corps creux en étoile
l'itinéraire tatoué au revers de ma main
disparaît à mesure que je ferme le poing

On ne rogne plus la queue des chiens parias
des jerricans remplis du souvenir du feu
on s'est fendu la voix à crier des pourquoi
qu'on nous laisse entre saints le silence faute de mieux

30/05/08

L'autruche

On peut boire le café noir dans des soupières immenses
se regarder les cheveux pousser avant d'y foutre le feu
faire exploser les joies d'hier en motifs compliqués
puis apprendre à rire quand on a plus de voix

Tout ce qui fût et sera est ici devant moi
je ris à rebours car j'ai tout oublié
une empreinte falsifiée sous chacun de mes pas
ton poème à l'abri dans les touches de mon clavier

11/05/08

Après la fièvre

On a tendu des cordes et des câbles pour faire tomber l'écran géant, qui diffusait depuis six jours le procès d'un pédophile célèbre. Nous étions si fiévreux que la pluie s'évaporait avant de toucher nos fronts, et quand ça s'est décroché, au prix d'efforts incommensurables, nous avons dansé au milieu des gerbes d'étincelles. J'ai été désigné pour retirer la poussière de béton qui pesait sur les arbres, ceux-là même qui s'étaient arrachés au trottoir la nuit d'avant. Avec la sève encore bouillante, on s'est fait des peintures et des masques que nos éclats de rire faisaient craquer. Adossés au tronc nous n'écrivions plus que des poèmes fulgurants, qui rendaient ivres ceux qui s'essayaient à les chanter. A minuit nous avons éteint les lumières, car nos yeux étaient devenus semblables à ceux des chats. Nous n'avions plus besoin de parents.

10/04/08

Une trève

C'est au lendemain d'une fête, ou d'une guerre, je ne sais plus
et la veille ronfle encore à mes côtés, toutes aisselles dehors
aux sourires un peu crispés de nos squelettes blanchis
on voit qu'on s'est épuisés à jeter des bouteilles à la mer
la fumée qui monte du fond des orbites, en volutes compactes
ça fait des spectres délicats avec lesquels on converse
je crois peut-être avoir été le premier à tomber
et nos têtes sont pleines du bruit
qu'on a pu croire musique, la tête pleine de fumée
mais dis moi qu'est-ce que j'ai dit, dis-moi qu'est-ce que j'ai fait

01/04/08

Dans ma chambre

C'est un jour nouveau qui se lève sur ma chambre de gosse, je savoure ma victoire sur la nuit suffocante
c'est comme une poche de temps arrêté, sous une couche de poussière qu'on imagine multiséculaire
et il y a vue sur le cimetière
les vêtements au sol éparpillés en boule, trop petits, plus ou moins démodés
une horloge qui ne tourne plus, les murs jaunes trempés de cent pluies passées
les lubies successives en posters affichées, les livres jamais lus, calebards honteux maculés sous le meuble planqués
je crois qu'on manque d'ordre dans la famille
ce qu'il reste des fugues, des fuites, affaires empaquetées jamais emportées, affaires empruntées jamais rendues
le ronronnement du radiateur à l'haleine qui rassure, c'est déjà ça, tout est à annexer pour les araignées
le lit de toutes les trouilles, le vieux matelas défoncé, trempé de cent sueurs passées
peaux de banane momifiées tu l'as dit c'est dégueulasse
mammifères en peluche retournés à l'état sauvage, est-ce que ça me fait quelque chose ?
je crois qu'on manque d'ordre dans la famille
j'te dis qu'on manque d'ordre, dans la famille
simplement je regarde mon reflet fumer dans le miroir, je n'ai plus rien à vivre ici.

Le plus grand gueuleton du monde

Je marche en fumant dans le verger d'Abel quand j'aperçois une charogne de renard qui cuit doucement dans l'herbe. Sa fourrure est souillée, son flanc effondré laisse voir les entrailles, offertes au soleil et à la vermine. D'abord estomaqué par la puanteur âcre qui s'en dégage, je décide de me faire violence et m'y penche un instant. Bientôt je ne vois plus du tout l'animal, et dedans tout est mouvant. Tandis que les vers avalent, avalent d'énormes bouchées de viande tiède il m'apparaît qu'ils arborent tous la même face, parfaitement béate. La raison de leur félicité est précisément cette chair pourrie dans laquelle ils s'ébrouent. Ils se croisent et creusent de concert, gentlemen jouisseurs égaux en appétit comme en enthousiasme, dans le plus grand gueuleton du monde. Je suis immense, irrémédiablement seul et affamé.

26/03/08

Une plaisanterie

se presser à la fenêtre ouverte grand pour voir
les majorettes hommasses serrées en phalange
avec dans l'air quelque chose d'une plaisanterie
comme la fête du sida, l'anniversaire d'une odeur
une mouette paumée dans un lâcher de ballons
et la radio ne chante que pour nous, ses refrains
idiots.

au dessus de nos têtes un essaim d'hélicoptères
décrit mollement des cercles concentriques
je pousse le volume à fond.

21/03/08

1997

Te souviens-tu de nos colères froides
les poings serrés au fond des poches
le son de nos deux coeurs en rade
les conneries auxquelles on s'accroche

On pourrait marcher jusqu'à l'eau
voir si l'allemand y vit encore
des pierres pour péter les carreaux
si tu l'dis à maman t'es mort

C'était déja ce même ennui, il est fidèle comme un chien
derrière les arbres l'horizon, et derrière l'horizon rien.

20/03/08

Laundry lovers

Les machines portent des numéros, comme les chevaux de course
il n'existe aucun endroit où les gens pensent plus fort qu'ici
j'ai dit Vous voulez danser et toi Si ça peut vous faire plaisir
on est resté là à tourner un moment, pour accompagner le mouvement
ensuite il fallut partir.

07/03/08

L'été idéal (variation sur le thème de)

Je ne puis plus descendre en ville sans qu'on me crie à la gueule l'eulogie de mon amour. Sur mon passage les gens jettent leur tête en arrière dans un angle improbable, et font claquer leur bec, un boucan terrifiant. Un gosse tire de sa semelle une boule de colle noire qu'il entreprend de mâcher, il est pris de spasmes violents et se flingue avec son pistolet à eau. Je crois déchiffrer dans ce graffiti naïf le secret du bonheur, mais ce ne sont que des dépictions de rapports sexuels enchevêtrées. Ce clochard aviné parle toutes les langues et aucune, on ne peut pas dire s'il souffre ou s'il baigne dans l'ataraxie. Tout le monde attend la Pluie.

26/02/08

Soir d'anniversaire

Il y a l'enfant intérieur, empourpré de colère
aveuglant de blondeur et qui montre les dents
je le berce un moment, et lui tords le cou.

Se jeter à corps perdu contre celui des autres
plus guère de mystère sous leurs vêtements
aucune réponse dans les battements de leur coeur
toujours belles quand elles tournent le dos.

Regarde-moi maman j'ai vingt ans, n'est-ce pas encore assez ?
c'est l'heure où vient souper la clique des ogres pédophages
il faudra fumer pour dormir, je m'arrête juste avant la nausée.

25/02/08

Sans titre

Des dimanches moches à pleurer, du temps pour compter ses côtes ou ses plaies
Sun-day mon cul le soleil a pris congé, il n'a que foutre de nos nuques glacées
et faire des grimaces face au miroir, se laisser aller à la régression programmée,
pourtant il y a ses lèvres qui cinglent encore les miennes, en surimpression.

26/01/08

Aral

Là d'où je viens on offre aux belles femmes des bouquets d'oiseaux rares dont les yeux sont énucléés, par souci d'hygiène. Hommes et femmes vont nus sous le soleil jaune, tous et toutes se cachent pour cracher. Les jours d'orage on entend l'odalisque chanter, à travers les rouleaux de tonnerre, nos poitrines se soulèvent et s'apaisent au rythme de ses halètements. C'est un pays de sables lents et de douleurs précieuses.

29/11/07

L'innocence

J'ai vu deux soeurs jumelles lubriques se battre pour le sexe d'un monstre bicéphale. Sous le masque en papier mâché les yeux étaient cernés, la sueur perlait aux cils.
Entre pourrir lentement et brûler d'un coup je n'ai pas fait mon choix. Je ne suis pas pressé.
Bien sûr les enfants sont beaux, s'ébrouent en sourires blancs je voudrais être les enfants.
J'ai vu le cul béant d'un lycéen rougir sous la fessée du maître d'école. Un instant, il m'a semblé percevoir la gêne du preneur de son.

27/11/07

Passer l'hiver

J'ai encore décembre qui me coule entre les doigts
un goût de neige mouillée, des écrans de fumée
un après-midi à bouter le feu aux géants endormis
les pieds dans les flaques, les yeux qui scrutent au-delà,
durs comme le ciel.
Le tintement de son rire en écho
au silence insoutenable des poèmes.

25/11/07

Sans titre

La cantatrice se produisait toujours dans l'obscurité la plus totale.
"Je les sentais s'engouffrer à l'intérieur, par les narines et la bouche" aurait-t-elle déclaré.

09/11/07

La nuit la route

Le front des gosses aux vitres glacées
des mots d'ennui inscrits avec le doigt
cherchent le sommeil par le vide
et vice-versa

17/10/07

La cage (variation sur le thème de)

Les clichés, étalés là par dizaines, étaient les pièces d'un puzzle de chairs claires et d'ombres propices. Silencieusement, les amants reproduisaient leur étreinte à l'infini, en dehors du temps, prisonniers d'un instant d'obscénité volé.

29/09/07

Les quais

Les quais du monde sont lourds du poids des amants
dégorgent d'adieux et de retrouvailles salées
Si l'on ferme les yeux, on entend
un siècle de sanglots étouffés

23/09/07

Banquet

je parle le langage des poussières, du temps qui passe
le coeur au clou puisque rien ne vient
un théâtre de vers luisants derrière les paupières

au lendemain de la fête les rires se sont mués en râles
les convives du banquet de la mémoire ont des manières de porcs

15/09/07

Lettre à Eugénie

J'écris pour dissiper un malentendu : je n'étais pas là ce jour où vous dites m'avoir fait l'amour. Vous pensiez m'étreindre mais c'était autre chose, peut-être un courant d'air chaud particulièrement dense, sans doute quelque restant d'une odeur. Tout juste l'écho d'une pulsation. Je sais ce que vous allez me dire : un sexe qui apparaît, disparaît avec la régularité du métronome, ça ne s'invente pas et ce détail pourrait, je le crains, nous amener à nous fâcher. J'étais et je reste ailleurs, en suspens, pur comme le nouveau-né.

Post-scriptum : J'ai plissé les yeux pour que vos jupes fassent des tâches de couleur, comme on se protège du regard d'une gorgone.

02/09/07

Les eaux

Ivre de vous ça c'est certain, comme un sillon rouge
de la tête à l'endroit du coeur
là où converge le faisceau de vos fugues passées

autrefois animal féroce aujourd'hui enfant édenté
assis au bord de moi-même je
peine à écoper tandis que les eaux montent encore.

27/08/07

Pathétismes

Ma tempe sous le revolver factice c'est déjà laisser un peu de moi
et je n'ai pas cédé quand vous frappiez de l'intérieur
les cris que l'on sème sont autant de pierres blanches je crois
pour marquer les secondes les minutes et les heures

Aimons-les ces damnés, ces oubliés du happy ending
donnons-leur à boire et à manger
Et mon lait est tourné, en strates blanches de neige fine
nourriture exquise pour les sacrifiés

La cage

C'est alors qu'il réalisa que son coeur était prisonnier derrière un réseau de minces veines bleues.

24/08/07

L'été idéal

c'est une ville d'occident en été, avec des tours et des antennes
les gens marchent vite cherchent l'ombre, ils sont incommodés par
l'odeur de leurs semblables
il y a des chiens qui sont déjà un peu des charognes, plus tout à fait
des chiens
des golden boys débraillés et des mères de famille pantelantes

17/08/07

L'adieu

je ne peux pas empêcher le bruit de vos vies de venir à mes oreilles
je n'ai pas trouvé de remède contre les maux qui m'astreignent
à ces simulacres de sourires et bonjour de rien merci
n'importe où plutôt qu'ici parmi vous et vos baisers de hyènes
vous ne trouverez que mon corps, je suis déjà parti

16/08/07

Mémoire des visages

Je me souviens de ce visage équin au dessus de moi comme flottant, lèvres entrouvertes et gorge blanche, avec l'attente qui se lisait dessus, la terrible impatience. Pas rassurant comme sont les corps, ce visage feint l'immuabilité mais reste béant, voudrait drainer l'essence même, n'y parvient pas et puis s'enraye.

Et ma bouche était si sèche.

L'amour chute

"Si je place les femmes sur un piédestal c'est pour mieux les pousser, qu'elles tombent et se fassent mal" (Fuzati)

"I will work to elevate you, just enough to bring you down." (Keenan)

15/08/07

Des saintes

nymphes à résilles foulent mon boulevard
nymphes à talons piétinent
écloses urbaines, rouge aux dents
cheveux à fumée crépitent
seins fusils à l'avant